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jeudi 7 juillet 2011

Une journee Maligne au Lac Magique

Ce matin, je me suis reveille a 6h30, pas de repos pour les braves ! Je prepare mes affaires pour une grosse journee de kayak : en effet, Jef m'amene sur la ou il travaille, sur le lac Maligne.

Le lac est quand meme a 60km de Jasper, j'aurais pris un peu plus de temps en le faisant a velo. Sur la route, on croise Medicine Lake, un lac qui a la particularite de se vider par le fond, avec un debit maximum de 60.000 L/s. Donc si le debit entrant est superieur, le lac se remplit, sinon il se vide ! Et il arrive une fois tous les dix ans qu'il soir reellement plein et qu'il se vide par debordement. 

C'est vers 8 heures que nous arrivons enfin au lac Maligne. Tout est encore calme et silencieux. On rentre par les cuisines, et une delicieuse odeur de croissant vient me caresser les narines. Jef file vers la boutique, prend une carte du lac, on s'installe a une table. Il me fait rapidement le topo, avec les estimations et les points a ne pas manquer. J'ecoute attentivement, et prend un photo, au cas ou, une vieille habitude qu'on a prise avec Leo.

Le plan de bataille !

Puis Jef a des affaires a regler, il me demande donc d'aller l'attendre devant le Boat House, ou se trouvent tous les bateaux. La surface du lac est plane, il n'y a personne. J'ouvre les yeux, profite encore de la fraicheur matinale, et realise quelques cliches. 

Choisis ton kayak !

Les montagnes et sommets qui bordent le lac au loin m'appellent deja, et il me tarde de les rejoindre. Un groupe d'oies nage tranquillement, tandis que les moteurs des premiers bateaux commencent a tourner au ralenti, dans une odeur de gasoil qui me rappelle la peniche de mon oncle, au quai de l'Arsenal. 

Un sac etanche et deux gourdes : en avant !

Jef arrive accompagne de deux jeunes, responsables des locations. Il leur explique mon trip et m'offre le kayak pour la journee. Je remplis donc un papier, on me donne mon gilet, ma jupe et ma pagaie, et je me retrouve assis dans un beau kayak de mer orange, avec les dernieres explications. Puis je me retrouve sur l'eau sans crier gare. L'eau est toujours aussi calme et des montagnes et de leurs reflexions m'envoute. Un couple d'oiseaux traverse le ciel en formation serre, les oies se sont installees tranquillement sur la berge, et je commence a depasser les insectes qui volent en rase-motte au dessus de l'eau.

Une seule constante : la pointe de mon kayak

 Je me rapidement une plage : le depart etait si soudain que je n'ai pas eu le temps de me preparer. J'enfile donc casquette et lunettes de soleil, m'enduit de creme, pose une gourde sur le pond, regle le gouvernail au niveau des pieds, et je repars, serein.


 Un apercu avant le passage du premier bateau

Je m'attendais a ce que le passage des bateaux me gache tout le paysage, mais je suis etonnament surpris. Je me mets a l'ecart pour le laisser passer. Il ralentit quand il arrive a ma hauteur, pour ne pas faire trop de vagues, et reprend son rythme de croisiere. Je salue les passagers qui me rendent la pareille. Que je dois les faire rever ! Moi qui redoutait ces vagues, n'ont pas de peur de se retourner, mais plutot parce qu'elle risquait de briser la tranquilite de ce lieu, j'ai assiste a un bien etrange manege. Les vagues du bateau etant grandes et regulieres, les reflexions des montagnes se mettent a s'agiter , a danser, a bouillonner. On a l'impression qu'un volcan se cache sous chacune d'elles. Et quand elles sont assez grandes, un bout de ciel bleu ce glisse dans l'image, et on jurerait voir un lac apparaitre. Tout bouge, tout s'agite. Et puis je leve les yeux pour retrouver les originaux, et la, rien. Tout est calme, ces grands ensembles ne bougent pas d'un centimetre. Ces montagnes respirent de puissance, de sagesse de serenite. Leur impassibilite me surprend et m'envoute. Et bientot les vagues disparaissent, font un dernier bruit en allant s'echouer sur les berges, et tout redevient comme avant. 

Ce qu'il est content !

Et moi, je continue de pagayer en gardant en bon rythme et me rappelant un par un des conseil de Leo : avance toi bien, vas chercher loin avec ta pagaie, utilise tes hanches, ne plies pas les bras, sors la pagaie quand elle arrive a ta hauteur, regarde devant toi. Et ca marche ! J'arrive bientot au premier camping, a 14km du Boat House. Les premiers campeurs sortent leurs canoes, et je recontre une famille du Michigan. On discute, prend quelques photos, et on arrive au debarcadere, juste devant Spirit Island, une petite ile qui ne doit pas faire plus de 20m de long ! Mais l'eau a change de couleur, elle est plus bleue que jamais, et l'on apercoit des glaciers de par et d'autre du lac. 


On passe a autre chose !

Quand j'arrive au debarcadere, Jef est deja la, il a fait une rotation avec l'un des bateaux, et est impressionne que j'en sois deja la ! On prend une photo ensemble puis il repart. Je me melange avec les touristes qui font un petit tour et profitent du paysage. Sauf qu'au coup de klaxon, moi je peux rester, eux doivent repartir !

Une belle photo de touriste !

Il est midi, et je me mets a la recherche d'un endroit ideal pour profiter de mon pic-nic. Je tombe sur un spot parfait, avec deux sapins pour accrocher mon hamac, de l'ombre, une vue sur le lac, et meme une petite plage pour laisser mon kayak. Je coupe quelques petites branches et m'installe, c'est le bonheur ! Je deguste mes sandwichs a base de baguette, moutarde, jambon fume de Montreal et camembert. J'ai meme quelques framboises pour le dessert. Un petit vent souffle, les bruits des vagues me berce tout comme mon hamac qui se balance tout doucement. C'est le bonheur !

 La Vraie Vie !

Mais le temps passe, et je me prepare a repartir. En remplissant ma gourde, je m'apercois que l'eau n'est pas si froide, et je me dis que c'est le moment ou jamais pour se baigner ! Ni une ni deux je suis dans l'eau, et me laisse secher au soleil. 

Se baigner au pied des glaciers : c'est fait !

Je quitte avec regret ce petit paradis, et essaie de pousser mon exploration du lac le plus loin possible. Je me retourne une derniere fois pour immortaliser ce lieu.

The Perfect Spot !

Il est 14h40 quand je me vois forcer de faire demi-tour, sous peine de ne pas etre a l'heure pour redescendre avec Jef. Je n'etais pourtant pas loin du deuxieme camping, a 22km du point de depart ...


Il faut bien faire demi-tour !

Je m'apercois que si je veux etre a 18 heures de retour, il va vraiment falloir que je m'active ! Et j'ai donne beaucoup d'energie pour lutter contre le vent pour arriver la ou j'en etais. Le retour va etre long ! Je prends donc un rythme pas trop rapide, mais je me donne quand meme. Et puis je surveille ma montre. Je commence meme a passer en revue toutes les chansons du repertoire scout que je connais, histoire de faire passer le temps. Et ca marche ! Il est exactement 18h quand je rends le kayak. Je donne un petit coup de main pour ranger et je rejoins Jef qui venait juste de revenir avec son 4x4. Il avait en fait encore un peu de travail, et j'ai le temps de recuperer sur la terrasse, en contemplant une derniere fois ce lac qui m'a tant fait rever !

On repasse a la maison, prend une biere et une douche chacun histoire de decompresser, et on file au lodge ou travaille Annie, pour un petit restau du soir. Jef prend des moules tandis je me regale de poutine et de poulet frit. Il retrouve Jess, un ami a lui qui est alle faire du planting dans le Nord de BC, un boulot eprouvant (pluie, boue, moustiques), dans des endroits tres recules, mais qui paye bien. Le principe est simple : on est paye au nombre  de pousses d'arbres plante. On se retrouve a l'appart, autour d'une bonne bouteille, mais je ne bois plus et me couche pas trop tard : je dois reprendre la route le lendemain. En tout cas, je ne suis pas mecontent d'avoir fait ce detour par Jasper, et c'est des souvenirs pleins la tete que je roulerais ces prochains jours !

mercredi 6 juillet 2011

Mort au pic (ou Morro Peak)

Premier matin a Jasper, et je ne perds pas les bonnes habitudes : il est 8 heures quand je me leve, et je lance directement une machine avec tout mon linge sale, puis je petit-dejeune, et attaque mon journal. Vers 10 heures, je pars faire des courses tandis que mes hotes dorment toujours. Je retombe sur le couple de Neo-Zelandais a tandem, et on se prevoit d'aller au lac Maligne le lendemain. Mais ils ne trouveront helas pas d'hebergement pour la nuit, et continueront donc leur route vers Valemount. Au retour, je prepare un milk-shake a la banane, et apres l'avoir englouti, nous partons pour une petite rando de 3 heures. Jef, qui connait la region comme sa poche, nous emmene au Morro Peak, avec un denivelle de 600m et une vue magnifique sur la vallee. Il fait chaud, le soleil tape, mais nous restons sous les pins, et j'ai l'impression d'etre sous un climat mediterraneen !

Arrivee en haut, la vue est superbe !

Une vallee qui vaut le coup d'oeil !

On fait deux-trois photos, remplit le livre d'or, admire le paysage, et on redescend.

118 218 !

 En direct du Morro Peak !

 Par-contre, qu'est ce que c'est raide ! Je ne m'en etais pas rendu compte a la montee ! Sur la route, on s'arrete dans un supermarche pleins de bons produits, avec une boulangerie, une charcuterie et meme du fromage. C'est rare de trouver des magasins comme ca au Canada : d'habitude, il faut connaitre les bonnes adresses, et plannifier ses courses. Je me rends compte qu'au Super U d'Altkirch, on a tous les bons produits a portee de main, avec du choix et des specialites locales (et meme parfois des scouts qui emballent vos cadeaux de Noel, mais je m'egare).

Jef, Annie et moi autour d'un excellent repas !

Jef prepare donc des brochettes marinees puis cuites au barbecue, des melons dans du prosciutto, et du pain grille a tartiner d'un melange fromage - tomate - ail - herbes. C'est delicieux ! Et bien sur, deux bouteilles de vins rouges ne nous laissent pas tous seuls !

lundi 4 juillet 2011

La route des Glaciers - Part 1

Apres avoir quitte Olivier a la gare routiere, j'ai fait 25km histoire de me mettre en jambe pour la suite. Bien m'en a pris, je n'ai rien paye au camping, la receptionniste a cru que j'avais passe une journee harrassante ! Je suis retombe sur les Allemands sur lesquels j'etais tombe a Banff, et nous avons petit-dejeuner ensemble.

Jasper 230km

Puis j'ai pedale, et comme il faut. C'est marrant, j'avais cette impression de ne pas avancer, d'avoir les jambes lourdes ... en fait, c'est le Bow Pass que j'ai passe a 2060m d'altitude : fatal ! J'en ai meme profite pour monter encore un peu pour admirer la vue sur le Peyto Lake, le plus bleu des Rocheuses !


Peyto Lake

J'ai passe la nuit dans une auberge. Apres le week-end de Canada Day, j'etais le seul client ! J'ai donc partage mon repas avec Mackenzie, le manager, qui devait avoir mon age. Ca fait du bien de dormir au chaud, et de faire secher ses affaires. Et puis, il y a toujours des cartes a etudier, et des bouquins a feuilleter.

Ramparts Hostel, pour moi tout seul !

La journee a tres bien commence, beau ciel bleu, une petite brume signe qu'il va faire beau. Par-contre, niveau montee, j'en ai eu pour mes cuisses : c'est qu'il faut y monter au Columbia Icefield !
La, ca montait !

Et puis, sans m'en rendre compte, la temperature a bien baissee, et me voila avec ma veste. Le paysage commence a devenir carrement mineral, presque lunaire. J'arrive enfin dans le parc national de Jasper, signe que le glacier n'est plus tres loin !
On passe d'un parc ... a l'autre !

Je m'arrete dans le grand centre qui fait face au glacier Athabasca. Les parkings sont pleins de bus et de touristes. La grande mode, c'est d'aller faire un tour sur le glacier dans un de leur gigantesque bus a 6 roues, qui passent partout. En fait, comme vous pouvez le constater sur la photo ci-dessous, les langues tout autour sont les glaciers, et la majeur partie constitue le champs de glace. Celui-ci, le Columbia Icefield, fait 340km2 et a la particularite de se deverser dans 3 oceans : Atlantique, Pacifique et Antartique.
Columbia Icefields : un vrai champ de glace !

Il faut ce qu'il faut pour monter sur le Glacier !

 A la descente, ca ne rigole pas ! Je mets mes lunettes de soleil pour eviter que des poussieres me derangent. Le profil de la journee etait le suivant : 40km de montee, pour 100 de descente jusqu'a Jasper. Et comme je voulais vraiment arriver le soir meme, j'ai donne. Et meme si ca descend, ca fatigue. Et je commence a compter les kilometres et les heures ... quand soudain, j'apercois un sommet que je reconnais : le Whistlers Summit, avec son telepherique. Et la, derriere mes lunettes de soleil et sous mon casque, j'ai pleure de bonheur ! Jasper n'est plus loin, et tous les souvenirs de l'ascension hivernale de ce sommet en raquette me sont revenus. Ca m'a donne du baume au coeur, et j'ai pedale de plus belle. Le vent est devenu chaud, le soleil me rechauffait, le macadam de la route est devenu neuf (reellement !), le pollen volait, et mon sourire remontait jusqu'a mes oreilles !

Et la, j'ai pleure ... pleuree ee !

Le chemin de Jasper jusqu'au debut de la randonne en raquette qui m'avait semble si court s'est raccourci, et c'est la fleur au fusil que je suis arrive a l'appartement de Trish et Kerry, mes hotes wwoofers. Helas, personne n'etait la, j'ai du demander un telephone aux voisins pour apprendre que je ne pouvais pas dormir ici. Heureusement, j'avais garde le numero de Jef, le Quebecois qui faisait tourner un magasin de location de ski et raquette, et il m'a propose de m'heberger. Je ne le remercirais jamais assez ! Sa copine, Annie, etait aussi la, et je me suis presque retrouve en famille ! Ils m'ont servi d'excellent restes du gros repas qu'il venait d'avoir, avec le verre de vin rouge qui va bien, et c'est tout joyeux que je me suis couche !

samedi 1 janvier 2011

La montagne, ça nous gagne !

Continuons là où je m'étais arrêté ! Après une première journée plutôt molle, je décide de ne plus perdre de temps !
Je me rends donc à 8h à la location de ski, armé de mon pass saisonnier, et je me mets sur la route de la station, les skis sur l'épaule, et commence à lever le pouce. J'attends à peine 10 minutes et une petite voiture s'arrête, enfin petite, ce n'est pas un pick up ! D'ailleurs, aussi loin que je me souvienne, jamais un pick up ne s'est arrêté pour me prendre ... C'est Dan, un jeune homme qui travaille au bar de la station. Il est vraiment sympa, et, comme souvent quand on me prend en voiture, on discute de voyages en France ! Paris bien sûr, la côte d'Azur, mais aussi Toulouse sont des destinations très prisées !

Et c'est parti !

Les skis enfilés, je retrouve rapidement les sensations, et me fais plaisir sur les pistes de la station. Il n'y a pas des masses de neige, il faut faire attention aux cailloux, mais celle qui est là est bonne et ça suffit pour envoyer ! Il n'y a aucun téléphérique, et aucun chalet aux alentours, la station se trouvant dans un parc national. A midi, je mange dans la salle commune, salue Dan au passage, et je discute avec un couple d'Edmonton d'une soixantaine d'année. Ici, tout le monde est d'Edmonton, c'est la station la plus proche. Quand on est tout seul, ça fait du bien d'échanger un peu, et quand je raconte mes aventures, l'homme répète sans arrêt : "Good for you !". Je rechausse les skis, et descends sur des musiques de Gorillaz ou Daft Punk, quel bonheur !

Je rentre quand le dernier télésiège ferme, et lève à nouveau le pouce. C'est à nouveau une famille d'Edmonton, dont le mari a grandi à Glasgow, qui me ramène. De retour au magasin de location, je fais part de mon envie de monter au Whistler Summit, un sommet juste à côté de Jasper qui culmine à 2430m, auquel on peut accéder par un téléphérique en été, mais qui est fermé en hiver. Pour situer, Jasper se trouve à 1100m d'altitude environ. Un des loueurs me décrit le chemin sur la carte, et m'indique les zones auxquelles il faut faire attention. Je prends les raquettes le soir même pour bien attaquer le lendemain. Ce sont des raquettes différentes que celles que j'ai connues en France : un contour métallique, un support en tissus épais, des crampons à la pointe et sous le pied, et seulement deux sangles pour maintenir le pied.

Le soir, je me prépare des pascades, galettes spécialités aveyronnaises à base de farine, oeufs et lait. Je les agrémente d'oignons et des restes de dindes de Noël. Soudain un bruit strident retenti, c'est en fait le détecteur de fumée, obligatoire ici, que le trop de beurre que j'ai mis dans la poêle a déclenché. Je dois l'arrêter 4 fois de suite avant d'en être définitivement débarrassé !

Objectif : Whistlers Summit (2430m)

Le lendemain, c'est parti ! A 8h, je suis sorti, avec mon gros sac contenant un pull, mon sac de couchage (je n'aime pas que mon gros sac soit vide), une couverture de survie, de l'eau, les pascades et des barres céréales, etc... et bien sûr les raquettes ! Le trajet commence par 3 km sur la route des pistes, et l'échappement des voitures contraste fortement avec l'air pur de la montagne ! Mais je quitte bientôt la circulation pour une route moins fréquentée. J'arrive sur le parking du départ du chemin. Un panneau indicatif informe les randonneurs sur l'itinéraire et les dangers de la randonnée, notamment la rencontre avec les ours. Je lis tout ça rapidement, on ne sait jamais, et puis c'est parti sur un classique petit chemin d'approche en sous bois. Après une bonne heure, je tombe sur des traces un peu plus grandes que les autres, et elles font bien la taille de ma chaussure ... avec une forme de voute plantaire. Je ne distingue pas s'il y a des griffes, mais je ne me sens pas particulièrement confiant. Je tends l'oreille, mais rien, alors je continue. Au ranch, on parle beaucoup d'attaque de cougars, sorte de très gros chat, qui peuvent être mortelles. Maike en est terrorisée et fait des cauchemars la nuit. Il faut dire que les premières fois que j'allais à la chaudière à pied, je tenais fermement mon couteau à la main, en répétant les gestes de défense ! Bref je continue mon ascension. Les sapins commencent à s'espacer, et la neige à devenir plus profonde : il est temps de chausser les raquettes. Franchement, elles sont pas mal, bonne accroche sur la neige gelée, et ne s'enfoncent pas trop dans la poudreuse. Comme je suis tout seul et que personne n'est passé avant moi, je dois faire la piste. Et faire la piste, pour ceux qui connaissent, c'est pas une partie de plaisir. Le truc, c'est que tu peux pas aller trop vite, il faut prendre le rythme. Et c'est pas évident, parce qu'une fois, la neige est molle et tu t'enfonces, la fois d'après, c'est gelé, donc tu dois forcer dans les cuisses, et ainsi de suite. Et puis, il y a l'angle avec la pente. Si tu attaques tout droit, ça glisse et c'est fatiguant, si tu attaques trop en biais, tu ne montes plus ! Donc en plus d'être un exercice physique, c'est un gros exercice mental. Je me mets donc à m'encourager, et à compter doucement 1....2....1....2. Et je vois la station de téléphérique se rapprocher doucement. Et puis je dois surveiller ma montre : si je ne reviens pas à la location avant 18h, ils appellent les secours ! J'arrive donc au sommet vers 13h, après 5h de marche.

ERREUR ! A ne pas reproduire chez vous à la maison !

Trop content d'y être, malgré les nuages font s'estomper les sommets alentours, la vue est belle. Je ne dirais pas magnifique, car le soleil n'est pas de la partie. C'est un peu comme un Noël sans sapin ou une soupe pas salée : il manque quelque chose. Et là, je me dis que, comme pendant un bonne rando en été, rien de tel que de changer de tee-shirt et de prendre son repas en appréciant la vue. Je me mets donc à l'endroit le plus exposé au vent, et commence à me mettre torse-nu. Je prends une photos pour le fun, et j'essaie d'attaquer mes pascades. Sauf que là, les doigts ne répondent plus. J'ai l'impression de devenir manchot. Alors, comme après mon engelûre du mois de novembre, j'ai beaucoup lu de sites sur le sujet, je ne joue pas avec le feu, enfin le froid, et je me réchauffe les mains sous les aisselles et entre les cuisses. Mais rien n'y fait, à peine je les ressors, je perds toutes les sensations. Mon ancien tee-shirt et mes gants se rigidifient sous l'effet du froid. Au bout de 30 minutes de tentative de réchauffement, je me dis que je ne peux pas rester là. Je remballe tout et prends la direction du téléphérique, au moins je pourrais m'abriter du vent. Et puis l'air de rien, le sac à dos tient chaud, et l'enlever, c'est presque comme enlever un pull. Arrivé là-bas, ça va bien mieux ! Je prends à nouveau quelques photos, puis le temps passant, il faut que je prenne le chemin du retour. La descente, c'est bien plus facile. On s'enfonce dans la neige et on fait des pas de géant. On croise tous les lacets de la montée, et un pas de descente en vaut trois de montée ! Je profite de mon repas bien à l'abri, couché dans la neige sur le bord du chemin. La nuit commence à tomber, et la route du retour est toujours la plus longue. J'arrive au magasin de location épuisé, et je reste assis sur le banc d'essai des chaussures pendant bien 5 minutes, le regard perdu, profitant de la chaleur ambiante pour réchauffer mes membres endoloris.

D'en haut, c'est plus beau !

Cette fois-ci c'est le propriétaire du magasin qui est là, un Québécois d'une quarantaine d'année, Jef. On discute en français, et il est impressionné par mon exploit du jour ! Entre-temps, j'ai reçu un mail d'un des mes anciens voisins, qui ont habité 6 ans à Calgary, et qui me conseille de visiter le Canyon Maligne. En effet, la rivière est gelée en hiver et l'on peut se balader au fond du Canyon. Je demande donc à Jef comment je peux y aller sans payer 60 CAD de frais de guide. Il m'indique sur un plan l'emplacement de la rivière, et les endroits où l'on peut rentrer dans le canyon. Je prévois donc de rester un jour de plus, afin de profiter à nouveau d'un jour de ski et de visiter le canyon avant mon départ.

Des skis français, si c'est pas du chauvinisme !

Quand j'arrive à l'appart, je suis lessivé, et je file au lit à 9 heures. Le lendemain, je retourne au magasin de location, que je commence à bien connaître. Jef est sympa et me file de supers ski Rossignol, griffé 74 ! Seul un Français comme moi peut savoir qu'il s'agit de la Haute-Savoie ! Je pouce à nouveau, et personne ne s'arrête pendant bien 15 minutes. Mais ce n'est pas perdu, et deux potes qui travaillent au Jasper Lodge me prennent. Ils vont skier le matin, avant d'aller bosser l'après-midi. Je suis surpris quand ils allument un joint dans la voiture : fumer ou conduire, plus la peine de choisir !  Même s'il fait bien froid (-22°C), et que le télésiège n'est pas toujours une partie de plaisir, je repars sur les pistes illuminées comme les sommets alentours par un beau soleil d'hiver.

Elle est pas belle la vie !

Sur le télésiège, je rencontre Sven, un Suisse de Lucerne qui est venu rendre visite à sa copine qui travaille à Jasper. On sympathise et je passe la journée avec lui ! Il skie vraiment bien et j'arrive à peu près à le suivre. Je tente même quelques petits sauts au snowpark. C'est plus sympa et le temps passe plus vite, parce que finalement, on passe plus de temps sur le télésiège qu'à descendre !
Il me propose de me ramener à Kamloops le soir même, puisqu'il y va pour rejoindre sa soeur et son copain, mais il me reste le fameux Canyon à visiter.
A midi, Dan m'offre le chocolat chaud, et ça me touche beaucoup !

En Suisse, on sait rester cool !

De retour au magasin de location, et oui, encore, je demande à Jef si il veut boire un verre ce soir, et il me propose de passer chez lui ! Donc je range l'appart, passe un coup d'aspirateur, prends 4 bières dans le frigo et me rends chez lui. Il est en train de préparer ses vacances en France, à Courchevel s'il-vous-plaît, et aux frais de la princesse (pass, location et appart' payés !). On attaque les bières, et il a un super système audio : ampli, double lecteur CD, 6 enceintes, et le son est vraiment bon ! Il me fait découvrir Katerine et Jean Leloup, du bon son en tout cas. On passe au vin rouge et je commence à bien bouger. Il me propose d'aller faire un tour en ville et j'accepte volontiers ! On passe dans un premier bar, où l'ambiance est carrément top, mais son ex est là et on peut pas rester. On se pose dans un autre bar plus posé, avec des potes à lui. On rentre en taxi à 3h du mat', et je suis rond comme un ballon.

A 7h30, c'est leur chat qui me réveille en grattant à la porte. J'ai la tête dans le gaz, mais un coup d'oeil à la montre et un bon demi-litre d'eau me remettent d'aplomb. Je range tout, passe un dernier coup d'éponge et je file en direction du magasin de location (comme c'est original !) pour laisser mon gros sac. Sur la route, je croise Dan qui part au boulot. Plus léger, j'attaque la route en direction du Canyon, soit environ une dizaine de kilomètres. Le défi est simple, il est 9h, j'ai mon bus à 12h, soit 3 heures pour y aller, le visiter et revenir. Je lève régulièrement le pouce dès qu'une voiture passe, mais aujourd'hui pas de chance, personne ne s'arrête. C'est ma barbe qui effraie ou bien mes crampons dans un sachet qui passent pour un animal mort, le doute m'envahit. Si un Etre Supérieur existe, qu'il daigne me venir en aide ! Vers 10h30, fataliste, je me résigne et fais demi-tour. Mais j'ai été entendu, une voiture s'arrête, ce sont des Américains de Caroline du Nord, dont la femme vient du côté d'Ulm en Allemangne. Ils me montent jusqu'au premier pont qui enjambe le Canyon. J'attaque la visite au pas de course, et je descends dans la rivière. Le stress commence à monter, et je demande aux gens que je rencontre s'ils peuvent me descendre. Un famille d'Edmonton (on prend les même et on recommence) accepte ! Enfin, on fait d'abord la visite ensemble. On discute, et on prend quelques photos. 

Qui a laissé la tireuse mousser ?

A touché le fond, creusez encore !

Quand on monte dans la voiture je jette un coup d'oeil à ma montre, ouh ça va être très juste. Ils roulent bien et j'arrive à Jasper. Je rends les crampons, je cours au magasin de location récupérer mon sac. Les deux vendeurs sont impressionnés, et me disent que ça fait chaud au coeur de voir quelqu'un qui se motive et qui fait plus que louer des skis pour la journée ! De là, je travers la rue et file au guichet : "Le bus de Kamloops, il est déjà parti ! enfin dépêchez-vous !" Mince, je cours dehors, saute dans le premier que je vois. Le chauffeur vérifie mon ticket, met mon sac dans la soute, et c'est parti ! Me voilà assis, le visage collé contre la vitre froide, écoutant la Rue Kétanou en regardant le paysage qui défile. "La mort est sans bagages, les poches vides et le coeur plein". Ah ce que l'on est bien ! Le stress accumulé dans le Canyon, compressé par ma course après le bus se transforme doucement en sentiment de bien-être ! Les montagnes se réduisent au fur et à mesure du trajet mais les sapins et la neige sont toujours aussi nombreux.

Sur le chemin du retour, le soleil se couche doucement sous mes yeux, et j'ai le sentiment du travail bien fait, d'un mélange de chance, de volonté, de courage et de rencontres, et je somnole doucement dans ce bus qui me ramène au ranch.

...

Pour voir toutes les photos de mon séjour à Jasper, cliquez ici !

lundi 27 décembre 2010

Jasper qu'il va pas faire trop froid

Les fêtes de Noël approchent et les décorations sont partout ! Notre sapin s'est encore embelli, des cadeaux arrivent à son pied et des guirlandes ornent le salon !

Mes cheveux ne ressemblent plus à rien, et comme j'ai toujours la flemme de les coiffer, je voulais aller chez le coiffeur. Mais Michelle, qui a été coiffeuse avant qu'on ne lui vole sa trousse avec ses ciseaux à plus de 600 CAD, me propose donc de s'y coller. Je passe à la maison pour me mouiller les cheveux, et c'est dans l'écurie que le boulot sera fait ! une grande première ! Alors que les dernières touffes vont tomber, Maike surgit affolée : un des bisons a sauté la barrière et veut retrouver sa liberté ! La dernière fois, il a fallu un avertissement du gouvernement qui menaçait d'abattre l'animal s'il n'était pas récupéré dans les 2 semaines. On court partout, et heureusement il a suffit de le rabattre vers l'enclos pour qu'il retrouve ses petits camarades. Plus de peur que de mal ! Et on peut terminer ma coupe de cheveux. Ça fait vraiment du bien d'être de nouveau présentable, et puis c'est toujours un nouveau départ dans la tête.

 Ma mère m'a dit : "Antoine, vas te faire couper les cheveux" ...


Donna et Derryl nous invitent chez eux pour un repas de Noël. Avec Maike, nous y allons avec le Kubota, sorte de mini 4x4 avec une benne, qui sert à tout : transporter le foin, le crottin, le bois ... et c'est marrant de l'utiliser pour se rendre chez quelqu'un ! Arrivé là-bas, je tente d'expliquer le principe du kems, un jeu de cartes par équipe, à Maike, Redwillow et à une amie à elle. Elles ont à peu près compris quand nous passons à table. Donna a préparé une excellente soupe de pommes de terres, des légumes, des sauces pour les tremper, et des pains maisons : on se régale ! Puis la table de billard nous appelle, et nous faisons les filles (Maike et Donna) contre les garçons (Derryl et moi). Bien sûr, Derryl joue de la main gauche pour qu'on évite de passer la soirée à le regarder jouer. On gagne de peu et l'honneur est sauf ! Avant de partir, Donna nous offre un cadeau à chacun, et je lui emprunte deux livres sur un Indien (d'Inde) bouddhiste, qui a enseigné le premier le yoga dans l'Ouest américain. C'est le monde à l'envers : on est invité et on reçoit des cadeaux ! Je les remercie le plus chaleureusement possible. Mais ma razzia ne s'arrête pas là : en effet, je compte passer une nuit dehors, et j'emprunte un sac de couchage à Derryl, qui, tassé, doit bien faire 50 cm de haut sur 40 cm de diamètre ...

Un billard à la maison, quel luxe !

Donc là, plus d'excuse, je dois le faire ! On rentre donc à la maison, je fais mon sac vite fait, je m'arme d'une pelle et je sors dehors. Il faut commencer modestement, alors je m'installe à environ ... 3,50m de la maison ! Mais il fait quand même -12°C et le défi reste de taille. Je tasse la neige, monte la tente Ultralight que j'ai emprunté à mon père, et m'installe dedans. Le sac de couchage de Derryl est bien présent, et je ne risque pas de le perdre, vu la place qu'il prend dans la tente. Le plus délicat est de faire rentrer le moins de neige possible dans la tente, afin de ne pas tout mouiller. Je tente le coup avec mon sac de couchage en duvet de chez Intersport, mais au bout de 20 minutes, je sais qu'il va falloir que j'en utilise un deuxième. Je serre toutes les ficelles et seul ma bouche est au contact de l'extérieur. Ma chapka est vissée sur ma tête et me garde bien au chaud. Finalement, ça n'était pas si difficile que ça, et je me réveille le lendemain vers 6h, au chaud dans mon petit nid douillet ! L'épreuve reste de se changer pour sortir, mais ça le fait, et je l'ai fait ! La prochaine étape, si j'ai le temps avant de partir, ce sera de m'éloigner un peu, de monter un bivouac et de dormir auprès du feu !

L'antre du bûcheron

Pour Noël, le frère de Kerry, Luke, et ses enfants, Paige 13 ans, Pole 11 ans et Tatum 9 ans débarquent au ranch, suivis de sa femme Janine et de leur petit dernier. Paige et Tatum montent depuis un bon bout de temps, et que je les vois faire le parcours de barrel race, je suis carrément impressionné : il y a du niveau ! Pour elles, c'est le bonheur, elles peuvent monter autant qu'elles veulent et tous les jours ! Mais il faut aussi participer aux tâches d'entretien, et ils m'aident à nettoyer les enclos. J'apprends que Pole a été champion de BMX de descente du Canada, qu'il est repassé 9ème après un accident, et qu'il va même faire des courses au Texas !  Je suis bluffé !

Nous passons Noël ensemble et l'ambiance est très conviviale ! J'apprends aux enfants mes tours de magie, et ils ne lâchent plus Kerry et Trish pour leur montrer leurs nouveaux talents ! Je leur ai acheté deux jeux de cartes pour qu'ils puissent les refaire chez eux. Luke est très sympa avec moi, et je découvre qu'il veut se lancer dans le ski de rando. Un ami d'école est moniteur, et lui a donné 3 livres à lire avant de se lancer. Je bouquine l'un d'eux et je découvre pleins d'astuces. C'est sûr, il faudra que je me lance tôt ou tard dans le domaine !

Trish m'a proposé de passer quelques jours dans son appartement à Jasper, et j'ai d'abord hésité : je ne connais personne là-bas, et j'ai peur de m'ennuyer. Mais je me suis dit qu'un changement de décor me ferait le plus grand bien, et que ça me fera prendre l'air !

Le 26 décembre, Luke m'amène donc à Kamloops d'où je prends le Greyhound bus pour Jasper : 450km en 6 heures ! Les paysages canadiens défilent sous mes yeux : que c'est grand et sauvage ! Nous nous arrêtons dans quelques stations services perdues à gauche à droite, dans lequel le chauffeur prend ou laisse un paquet. J'arrive de nuit à Jasper  et je me rends à pied à l'appartement, que Trish m'a montré sur une carte. En fait, sa fille Angie et son copain Declan l'habite, et je les rencontre en arrivant. Il aurait du faire la route en sens inverse le jour même, mais ils l'ont reporté au lendemain : tant mieux ! Phil, un cousin londonien de Declan est aussi là pour les vacances. On regarde un match de hockey autour d'une bonne bière et d'un mélange de rhum/lait de poule (?) pas mauvais ! Puis on fait un petit tour dans un bar en ville histoire de prendre l'air.

Free accomodation à Jasper

Le lendemain, c'est posé ... Je regarde la télé avec Phil, on discute de choses et d'autres. Il travaille dans un studio de design pour des dessins d'enfants et des chartes graphiques, du lonely planet notamment. Avant de partir, Declan et Angie me laissent les dernières instructions et surtout le pass ski saisonnier de Declan : de bonnes économies en perspective ! Ils m'emmènent en ville pour une visite éclair en voiture et prennent la direction du ranch. Je me mets rapidement à la recherche d'un élément essentiel : un carte de randonnée. On en trouve gratuitement dans tous les magasins de la ville. Je cherche ensuite un magasin de location de ski, et en trouve un super juste à côté de la gare : pas grand, il ressemble au local du ski club de l'INSA ! Les tarifs sont carrément bons et ce sont des jeunes qui s'en occupent : super ! Je termine par les courses et retourne à la maison. L'attraction de la télé est la plus forte et je passe l'après-midi devant Discovery Channel et James Bond ... Je sors quand la nuit tombe pour faire une petite ballade, histoire de prendre l'air. Rhha j'ai perdu une journée, c'est décidé, il va falloir que je me rattrappe, ce que je n'ai pas manqué de faire ! 

L'architecture locale
Veuillez utiliser le bac à ordures à l'épreuve des ours
Saurez-vous reconnaître l'Indien regardant les étoiles, les mains sur le ventre, et les plumes qui ornent sa tête

A suivre, ski, stop, raquette et visite de canyon !